Réduire la distance, film-reportage expérimental
by Meriadec Damien
“Aucun mur ne doit plus séparer les pays riches et les pays pauvres. Aucun mur ne doit plus séparer les races et les ethnies, les citoyens de souche et les immigrés, les chrétiens, les juifs et les musulmans. Voilà les murs qu’il faut aujourd’hui abattre (…). Les murs peuvent être abattus, l’Histoire nous le rappelle sans cesse.(…)Le temps est venu de lancer de nouveaux ponts à travers le monde…” Obama, discours à Berlin
Réduire la distance, 1h00, Corée du Sud, réalisé par des compagnons de route. C’est un film qui parle des gens, d’amour, de la Corée, mais aussi du bonheur, de la vie, de la lumière et de la recherche de la compréhension.
Ce film est dédié à une amie, une étoile.
Ceci est un premier film, avec ses erreurs et ses maladresses, avec son manque de moyen (revendiqué), alors prenez-le comme tel. Le son est parfois mauvais, l’image aussi, en raison du manque de matériel, mais nous voulions prouver que nous tous, sans être artistes ou cinéastes, pouvons avoir une production artistique. Le miroir des films à venir… Bon visionnage!

Pour un film participatif et libertaire
pour un cinéma pauvre et engagé
pour se déprendre du cinéma tel que nous le connaissons
pour un cinéma au rythme lent et qui assume de prendre son temps, au risque d’ennuyer le spectateur
“Rien n’est… Tout est en train d’être.”
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Une expérience de reportage cinéma participatif: “Réduire la distance” – Octobre 2008
C’est un reportage sur la Corée: je veux filmer la société coréenne contemporaine en m’intéressant principalement aux gens. Je ne veux pas faire un documentaire conforme à ce qui existe déjà….
Fortement inspiré par le cinéma-vérité, je veux filmer la Corée d’aujourd’hui et pas une Corée imaginaire, traditionnelle, à la modernité destructrice. Je cherche l’originalité culturelle de la Corée à travers des personnes que j’ai rencontrées et sa similitude avec toutes les sociétés contemporaines…..
J’ai rencontré des individus se battant intérieurement entre leur coréanité ancrée en eux et une envie de liberté vis à vis de leur société. Je souhaite mettre en évidence ce conflit interne : comment l’individu exprime-t-il sa liberté quand il est contraint de subir des règles parfois nombreuses et coercitives au sein de sa société…..
Mon objectif n’est pas de taper sur la Corée même si je veux bien montrer les ravages du capitalisme et de la course au rendement irréfléchie. J’ai aussi observé le malaise que ressentaient ces amis rencontrés en Corée, un malaise que je ressentais moi aussi dans mon propre pays: je veux le mettre indirectement en évidence…..
Toutes ces personnes sont des individus “entre”, sur la frontière, entre une vie rangée au sein de la société en respectant ses règles et entre une vie d’exclu fonctionnant en parallèle ou à coté de cette société…..
Phase I.1. Je souhaite rencontrer (interviewer) ces personnes pour qu’elles me révèlent leur humanité: leur coréanité, leur mal être, leur adaptation, leur quotidien, leurs libertés, etc… Je laisse une part de hasard dans cette rencontre parce que je souhaite créer un cinéma participatif, de tendre vers un cinéma démocratique…..
Phase I.2. Je souhaite filmer mes compagnons, ces personnes que j’ai rencontrées, dans leur quotidien: travail, études, vie quotidienne, atelier… Je souhaite qu’ils me montrent leurs maquis d’oxygène, leurs espaces de liberté, là où ils se refugient face à la pression sociale. Je répète qu’il ne s’agit pas de mettre le système coréen en demeure mais de montrer simplement des individus dans leur milieu et que leur malaise puisse transparaitre indirectement (la part de hasard et ma capacité à diriger mes compagnons-acteurs)…..
Lors de la rencontre (interview et tournage), j’aimerais créer des espaces de liberté dans la façon d’interviewer et de filmer: moi, le réalisateur, et mes acteurs devont échanger et apprendre mutuellement. Je ne suis pas réalisateur, ils ne sont pas des acteurs, nous sommes réalisateurs-acteurs, des compagnons de tournage, cela s’exprime dans la possibilité à l’interviewé de me poser des questions: la rencontre est un processus où s’échangent et se mélangent nos egos, nos perceptions et nos réflexions. De plus, il est possible à tous de filmer, c’est en cela que j’appelle mon cinéma participatif. Il est possible de s’adresser directement à la camera, au public, qu’il puisse partager notre expérience. Le cinéma empêche le public de participer : il est nécessaire de trouver des façons détournées qui puissent permettre au public d’être actif, de ne pas être vidé par la catharsis qui s’opère lorsqu’il regarde le film et qu’il s’identifie aux personnages. Il faut donner l’occasion au public de s’exprimer et d’agir : on peut donc s’adresser a lui, lui poser des questions, lui montrer une situation où il aurait envie d’agir et où il est choqué de l’inaction, de la lâcheté…..
Phase I.3. A la fin de la rencontre (interview-tournage), je demande à mes compagnons quelle question ils souhaiteraient poser à leurs compatriotes, hommes et femmes de la rue. C’est alors que nous allons ensemble poser la question dans la rue à une vingtaine de personnes…..
ATTENTION : lors du tournage, selon la personnalité de la personne filmée, on choisit ce qu’il veut montrer et la façon de le filmer…..
Comme je l’ai expliqué précédemment, je m’intéresse aux pressions que subit l’individu dans son milieu : dans une deuxième phase, je souhaite mettre en branle le procédé qui permet à chacun de s’affranchir de ces pressions en agissant pour changer les choses…..
Comment peut-on agir au sein de notre monde, de notre société ? Comment peut-on changer le monde, faire évoluer la société ? Sommes-nous des couards ou voulons-nous et pouvons-nous vraiment agir sur notre milieu ? Je pense qu’il est possible d’agir sur notre milieu même s’il s’agit d’actions infimes qui ont des conséquences ultérieures, l’histoire nous servant d’exemple…..
A travers l’exemple d’un soulèvement d’étudiants coréens en forme de manifestation dans les années 80, événement de l’histoire de la ville de Pusan, je souhaite rappeler l’histoire et son rôle dans la vie présente pour envisager l’avenir. Je souhaite que nous prenions tous conscience de notre histoire et de son importance pour envisager l’avenir…..
En organisant un séminaire de théâtre, inspiré par le théâtre de l’opprimé d’Augusto Boal, je souhaite mettre en évidence 3 choses :….
Phase II.1. Des exercices de théâtre qui permettent à un échantillon de personnes (âges, professions, milieux, sexes et cultures différentes) de se rencontrer et de communiquer autrement, de s’exprimer par d’autres canaux…..
Phase II.2. A travers le théâtre-image, je souhaite rappeler l’histoire et les gestes du passé ; à travers le théâtre-forum, je souhaite réfléchir sur cet événement historique, sur ses conséquences dans le présent et sur sa portée idéologique…..
Phase II.3. Enfin, à l’aide du théâtre-forum, je souhaite travailler sur des situations d’oppression actuelles. Une mise en parallèle du passé et du présent me semble pertinente pour mieux envisager le futur. Le cinéma-théâtre vu comme un maquis d’oxygène, lieu de réflexion politique en marge de l’activité sociale…..
Qui je choisis parmi les intervenants, mes compagnons ? Des personnes m’ayant exprimé une certaine libre pensée face à leur société, un recul…….
Tout ce travail est une expérience de cinéma-théâtre qui doit nous apprendre des choses sur nous-mêmes dans la société et sur notre possibilité d’y avoir une action positive, désintéressée économiquement (pour le bien commun) et permettant le changement, l’avancée sociale…….
Penser, parler, faire, partager……
“Soyez essentiellement humains, soyez le tant que vous vous rapprocherez du meilleur de l’humain, purifiez le meilleur de l’homme par le travail, l’étude, l’exercice de la solidarité permanente avec le peuple et avec tous les peuples du monde, développez au maximum votre sensibilité jusqu’à en être angoissés quand on assassine un homme quelque part dans le monde et pour être enthousiasmés quand quelque part dans le monde s’élève un nouveau drapeau de la liberté. ” Ernesto Che Guevara
Ce qu’il y a devant nous et ce que nous laissons derrière, ceci est peu de chose comparativement à ce qui est en nous. Et lorsque nous amenons dans le monde ce qui dormait en nous, des miracles se produisent. Henry David Thoreau