L’amour, chimère à poursuivre

by Meriadec Damien

Dimanche 20 juin 2010

Quel vide as-tu laissé… l’amour est passé, a tout ravagé et s’en est allé, me laissant seul avec mes souvenirs… le corps se souvient, chaque sens a enregistré chaque partie de son être, de ton être… le temps passe et n’efface rien… l’amour laisse chancelant, une existence chancelante qui s’accroche au manque… la distance pourra-t-elle détruire cet amour-là ou ne fera-t-elle qu’attiser le feu? La distance pourra-t-elle combler le manque… le temps passe et nous changeons, des souvenirs d’amour persistent, nous restons amoureux, amoureux de l’amour…

Qu’est-ce qui nous attache ainsi? Quels liens mystérieux se tissent? Qu’y a-t-il à démêler? Je ne sais pas, j’aurai tout essayé mais rien à faire… j’ai beau vouloir te déposer ça et là, tu ne pars pas, tu hantes mon âme comme un ange complexe…

Nous étions comme deux enfants… c’est l’enfance qu’il y a de commun avec l’amour, cette passion, ce grand amour, cet aveuglement des sens troublant et vivifiant… le temps passe, les rencontres aussi, mais il y a cet écueil que tu as laissé intact en moi… que puis-je dire? que puis-je faire? la résignation, cette bêtise que la plupart appelle “tourner la page”… moi, je dirai face à la vie, face à l’amour, face au consensus social si haïssable, que je souhaite te chérir encore dans des sphère qui me sont seules accessibles… je me lève, le poing armé, contre l’intolétable, je fais face à cette absurdité de la séparation, du lien nerveux rompu… bien qu’amputé, tu es mon membre fantôme, celui que je nommerai sur mon lit de mort… moquez-vous, vous, les tristes! Je persévère dans la beauté sous d’autres formes, ma Béatrice… oui, j’aimerais encore plus de mille fois, et tu seras là comme pour la première fois, au bout de cette ville, là-bas au bout du monde, au bout de mon monde, sur cette plage… je lisais John Fante, Ask to the dusk, quelques semaines auparavant et tu as su faire sortir Camilla Lopez de la page, tu as su la transfigurer… ce que j’avais aimé et rêvé intensément dans les livres, tu me l’as offert dans ta cruelle et douce réalité… merci, mon amour, d’avoir été cette transcendance… merci de m’avoir montré que la vie est plus forte que la littérature, merci pour la poésie

On s’est déjà tout dit, on a déjà refait l’avenir, on s’est déjà salué mille fois, tout cela rend la vie tellement plus belle, merveilleuse aventure… un amour que l’on transpose au roman, ou qui a déjà été transposé car tu étais ma Mona, ma June… je lisais Plexus par hasard quand tu es partie et c’est mon vieux Miller qui m’a relevé… Miller a su foutre sur la gueule de Wong kar wai et de Téchiné…

Il semble que tout soit dit… et qu’il soit bon de le redire… quitter la Corée, c’est conclure un chapitre, s’est partir encore; c’est m’éloigné de toi, c’est grandir un peu comme j’ai grandi en arrivant ici… c’est revenir dans l’autre hémisphère, celui de mon être, et trouver l’équilibre… oui, tout semble dit, mais la vie ne dit jamais son dernier mot… partir, c’est aussi savoir garder en soi, savoir chérir, préserver…

« Un jour j’ai sorti un livre, je l’ai ouvert et c’était ça. Je restai planté un moment, lisant et comme un homme qui a trouvé de l’or à la décharge publique. J’ai posé le livre sur la table, les phrases filaient facilement à travers les pages comme un courant. Chaque ligne avait sa propre énergie et était suivie d’une semblable et la vraie substance de chaque ligne donnait forme à la page, une sensation de quelque chose sculpté dans le texte. Voilà enfin l’homme qui n’avait pas peur de l’émotion. » Charles Bukowski préfaçant John Fante