La persistance des autres
by Meriadec Damien
Jeudi 17 juin 2010 (je mettrai les accents plus tard)
Ces derniers temps, sur le point de partir, je repense aux autres, a tous ceux rencontres ici. Des moments intenses, du partage, de la curiosite. Ce que je me rappellerai de cette experience de la Coree, ce seront mes rencontres, ce seront les gens, les coreens, mes amis, si precieux, et les rencontres hatives, les conversations de bar, les regards, les interrogations. Il n’y a rien de plus beau qu’une rencontre. Je crois que chaque personne rencontree persiste en moi, encore. Je n’avais jamais ressenti cela auparavant, avant de partir, avant de voyager, l’autre. Se souvenir des personnes, faire des rencontre, se rencontrer, n’est-ce pas la le but d’une vie, d’un voyage, d’une rencontre ?
Je ne veux pas parler ici des francais rencontres en Coree, pales archetypes de l’expatrie pour la plupart dont il n’y a rien a dire et dont la triste banalite m’a toujours fait fuir. Le meme, lorsque l’on voyage, n’est pas attirance. On ne voyage pas pour se retrouver entre semblables, on voyage pour s’aventurer, on s’aventure dans le dissemblable. C’est l’autre vers lequel on tend dans la traversee de la vie. En ce qui me concerne, j’aurai rencontre beaucoup de belles personnes, des gens a l’ecoute, des amis coreens, des rencontres coreennes. Et il me semble bon de rappeler ou de reveler que, derriere leur timidite ou leur manque d’assurance face a celui qui leur est etranger, ces personnes rencontrees, coreennes, auront toujours fait montre de cette capacite genereuse, sincere et emouvante d’accueil. Les coreens, je crois, savent accueillir et l’image qui me vient c’est tout simplement l’ouverture des bras quand on accueille. Accueillir pour un repas, c’est savoir cueillir le moment. Accueillir par curiosite, c’est savoir recevoir.
Dire du bien a l’autre, je crois que c’est la leur plus grande qualite; dire le bien qu’ils pensent de l’autre qui leur est etranger. Flatter mais avec respect, avec une retenue touchante. Flatter avec l’ame et non avec l’idee, l’idee de derriere la tete. Dans mes relations avec ces gens, il y aura toujours eu une grande sincerite. Peut-etre parce que je suis etranger. Les francais sont les meilleurs pour humilier les leurs en public; les coreens font peut-etre de meme entre eux. Je ne sais pas. Complexite. C’est etrange d’avoir ete si bien aupres de l’autre, parfois aupres de la difference, mais cette sincerite coreenne de coeur et d’ame a toujours su nous unir. Persiste en moi cette belle amitie, jeune femme si differente: nous avions une energie commune et c’est cela qui a su creer l’amitie; peu de gouts communs, mais la franchise de la rencontre, l’energie, les mots, les rires. Des rencontres se sont tissees dans leur plus belle simplicite. J’ai appris tellement de toi, de toi, et puis de toi, et de toi aussi. Est-ce la vie? Est-ce que ce sont nos differences? Est-ce que ce sont les courants sur lesquels nous flottons qui nous reunissent et nous unissent? Je n’ai pas la reponse. Je parlais de ces personnes capables de flatter par gentillesse, ce don que l’on fait quand on pense avant tout a l’autre. La convivialite. Encore des souvenirs, encore une idee qu’il faut retenir: la convivialite. Combien de soiree ai-je passe atable, a manger ou a boire, rire, partager, parler, questionner, ecouter, discuter, exagerer, rigoler. Merci. Oui, merci pour ces chaudes atmospheres de restaurant, ces effluves qui nous emportent, cette legerete de la table. Merci pour m’avoir inviter a votre table, un soir. Finir tard. Ne plus se reperer. La nuit, les restaurants, les neons, les lumieres. Et vous, mes amis, mes guides nocturnes. Vous m’avez rempli de la joie de vivre, moi qui ne savait pas exister. Toi le communiste, moi l’anarchiste, rencontre d’un soir, au bar, malgre le brouhaha. On ne s’est plus revu. Les mots, les regards ce sont de beaux restes. Et puis, j’ai danse avec toi dans ce cafe traditionnel, aux odeurs sucrees de the. Et puis, toi, mon ami, qui a pris soin de moi, toi mon ami qui m’a sorti la nuit, qui m’a aide. Des rencontres. Ivresse de mes nuits de Pusan. Ivresse des restaurants de viande et de poisson. On ne sait pas vivre comme ca par chez moi, et cela me manquera.
Un matin, au bout de la ville, ou peut-etre une nuit, sous une pluie battante, pres de la mer, il y a eu l’amour aussi.