Ecrits de mes deniers jours en Coree du Sud
by Meriadec Damien
Mercredi 16 Juin 2010
Apres ces 4 ans en Coree du Sud, voila qu’il est temps pour moi de partir… bientot. Le bientot aura su prendre son temps, pose que j’etais ici, le temps s’etant parfois arrete. Le bientot se fait attendre, m’a fait longuement languir. Plus de 2 mois encore. Arreter une vie pour en commencer une autre. Revenir a un pays que je ne connaissais finalement pas. Quitter un pays que je ne connais finalement que peu. Ces voyages sont comme des histoires d’amour, on se laisse visiter par tant d’ailleurs, et puis finalement on doute de s’etre bien connu, de s’etre vraiment connu… On se rappelle les etreintes, mais que nous reste-t-il aujourd’hui? Des experiences. Oui, c’est cela. Des souvenirs, moments de joie, de partage, de peine, de doute, de solitude, de rires,… Retour vers un pays qui a change, bien change, en 4 ans. On ne se connait plus… comme un amour ancien que l’on revoit de temps en temps. Je dois te reconquir? quel affreux mot. Je dirai que je dois me faire seduire de nouveau, te seduire aussi, il faut que l’alchimie se fasse de nouveau… et cela me fait un peu peur, nous ne nous connaissons vraiment plus.
Ce soir, les dernieres repetitions du spectacle. Je suis heureux d’avoir eu cette chance de faire des petites mises en scene, ici, a Seoul. C’est ce que c’est, mais j’aurai tout donne, tout de mon etre, pour ces moments ephemeres que sont les repetitions, les spectacles, ce merveilleux processus de la rencontre theatrale. Finalement avec une representation unique a chaque fois, on peut se sentir flouse, mais le processus, les 2 mois de travail, parfois intensif, sont une intensite en soi. J’ai vu tellement de personnes, ou parfois les memes, vivre, essayer, s’essayer, rencontrer, se rencontrer, aller a la rencontre… tous ces exercices que j’affectionne, ces mises en scene magiques… travailler sur l’ecoute, c’etait vraiment une trouvaille… on n’invente rien, non, mais, bien que j’aille a contre courant, je suis content de donner cette liberte a mes etudiants. Je ne sais pas si j’ai pu communiquer ce que je voulais communiquer. Le theatre est si riche mais si invisible aussi que je ne sais pas s’ils ont vu. Un enseignement si riche que je n’ai pu donner que si peu, trop peu de cours finalement et jamais de vrais spectacles. Non, il n’y a pas de vrai spectacle, mais jamais assez de temps pour se connaitre, pour connaitre ce present-la de nous-meme et des autres qui est maintenant passe. Il n’y a pas de vrai theatre mais des situations, des moments, des ephemerites. Quand j’en parle, j’en ai des larmes. Je suis trop dedans, pourrait-on dire. L’echelle est infime, mais je me rappellerai avec delectation de ces moments passes dans les sous-sol de l’Alliance a creer un autre monde, a rever d’autres possibles, a construire des decors, a amenager et reamenager des espaces, des spatialites autres. Oui, j’ai essaye de vivre autrement dans ce restaurant du sous-sol, transformer un restaurant laid par l’imagination. Transcender la vie, c’est cela ma vision du theatre, de l’art ou de la culture… a ma petite echelle.
Voila, samedi, rebelotte. Theatre-forum. Donner et recevoir. Echanger. Partager. Je ne sais pas ce qui se partage vraiment. Pour Dom Juan de Moliere, il y a deux mois, le travail me semblait plus intense, plus soutenu. On verra samedi le resultat, l’energie degagee.
Je ne peux plus quitter le theatre aujourd’hui. Je ne peux plus quitter ce theatre, mon theatre, notre theatre. Une empreinte a ete deposee en moi. Voila 10 ans que je montais a Paris pour faire du theatre et fracasser mes reves a la dure realite. Je n’etais pas politise, je n’avais pas de personnalite. Cette chance qui m’a ete donnee ici m’a permis de me reconcillier avec le theatre essentiel, avec l’ame du theatre. Je l’ai reagence dans ses fondements ce theatre qui est mien aujourd’hui, je n’ai pas la pretention d’avoir reinventer le theatre mais en tout cas je suis heureux de l’avoir depoussiere de ses paillettes. De me perdre en le passant, passeur de theatre. Le theatre est une rencontre, un don. Je trouve finalement qu’on donne si peu au public et c’est la-dessus qu’il me faut travailler dorenavant. La rencontre est amenagee, maintenant le don doit s’y etendre. La quete theatrale ne fait que commencer, le travail reste a faire, les bases sont encore branlantes mais compactes. Construire le chemin, tout reste a faire, utopie naissante. Concillier mon amour de ce theatre avec la France, avec l’ailleurs autre, voila le projet. Rencontrer. Apprendre. Encore. J’ai peur, je suis excite, j’ai hate, allons-y aveuglement.